La Chimère

duo expérimental - musiques à l’image

Arthur Dubois et Kevin Bourdat associent les musiques minimalistes, répétitives et anciennes en confrontant des œuvres qui se répondent à travers les siècles et interrogent l’homme dans son intériorité et dans son rapport au monde. 

Issus du conservatoire et habitués des répertoires classiques et des concerts acoustiques, ces deux musiciens sortent de leurs zones de confort respectives en explorant les frontières entre les genres et en hybridant les styles.

Bricoleurs enthousiastes, ils s’approprient des outils techniques
d’hier et d’aujourd’hui pour mettre en œuvre un artisanat sonore
qui cultive la poésie de l’instant aussi bien dans l’intimité
du studio que dans la rencontre avec le public.

HYBRIS

performance pour violoncelle et machines

Les pièces pour violoncelle seul de Johann Sebastian Bach et Philip Glass participent d’une même introspection individuelle et illustrent la permanence du corps, du geste et du son acoustique à travers les bouleversements de l’histoire.
La plus austère des 6 suites pour violoncelle seul, la 5e suite en do mineur est un exercice spirituel d’une rigoureuse discipline. Chef d'œuvre d’artisanat d’art musical, elle crée du sens en dépit de la violence et de la mort omniprésentes dans l’Allemagne du début du 18e siècle, profondément meurtrie par la guerre de 30 ans.  Dans ses Songs and Poems, Glass sculpte la matière sonore du violoncelle à partir d’un matériau volontairement restreint.
A l’inverse de Bach, le corps et le geste instrumental priment ici sur l’esprit. Les formes sont ouvertes, sans but, évoquant un effritement du sens.

A travers les siècles et les révolutions, Roland de Lassus et Steve Reich invoquent le contrepoint pour questionner la place de l’homme parmi ses semblables et au sein de l’univers. Quelques mois avant sa mort, Lassus livre un testament musical qui met comme un point final au colossal édifice polyphonique de la Renaissance. Le thème des larmes de Saint Pierre inscrit ce cycle dans la tradition chrétienne séculaire tout en nous plongeant dans l’intimité des doutes et des remords d’un compositeur majeur qui a sillonné l’Europe et s’est imposé dans toutes les langues.
Inspiré par le rythme de la voix humaine, Reich réinvente une polyphonie à travers l’utilisation de la machine. Celle-ci impose son rythme implacable dans son Cello Counterpoint de 2003 pour huit violoncelles. L’harmonie des sphères qui régissait le système fermé des antiques jusqu’au haut Moyen-Âge a laissé place à l’effrayant vide sidéral qui aspire l’humanité dans une activité toujours plus frénétique. Si la polyphonie de Lassus faisait danser les cathédrales, celle de Reich évoque les nouvelles tours de Babel de Manhattan et des quartiers d’affaires du monde entier.

κύκλος / cycles

Performance pour 2 musiciens, orgue, violoncelle, synthétiseur, basse électrique et sons fixés.

Depuis trois ans, nous créons des performances musicales et des musiques de film dans notre studio de Bar-sur-Seine. La découverte de l'église St-Etienne et de son orgue nous a inspiré ce programme qui associe musique contemporaine et musique ancienne.

Depuis l’antiquité, le langage musical accompagne notre quête de la compréhension de l’univers.
Des proportions entre les sons naît l’harmonie, qui se veut le miroir de la merveilleuse géographie dessinée par les mouvements des corps célestes. 
Aujourd’hui, les progrès de la science compliquent infiniment notre perception du monde et relèguent l’humain à une circonstancialité dérisoire.
Dans une société largement sécularisée, la conquête de l’espace nourrit les rêves d’infini et d’immortalité de notre espèce.

L’orgue symbolise la maîtrise de la polyphonie et de la synthèse sonore. Chef d'œuvre d’ingénierie, il se maintient pendant des siècles à la pointe du progrès technique, précurseur puis inspirateur des instruments électroniques modernes, dont le synthétiseur qui vient augmenter le jeu de l’organiste. 
Depuis la tribune d’où il opère, invisible du public, le violoncelliste lui paraît minuscule. Son instrument fait de bois dont la facture n’a pas changé en trois siècles révèle la permanence de notre condition biologique et la transmission des savoir-faire à travers les générations.

Arthur Dubois, compositeur et organiste troyen inspiré par le minimalisme et fasciné par l’espace, a réuni deux compositeurs nordiques dont les œuvres sont de véritables nourritures spirituelles pour notre époque. Arvo Pärt, estonien né en 1935, développe une esthétique minimaliste inspirée par le chant grégorien et la musique ancienne. La symbolique chrétienne est au cœur de Fratres et Trivium, mais ces pièces dépassent très largement le cadre spirituel puisqu’on les retrouve sur les scènes du monde entier et dans de nombreux films. Comme lui, le finlandais Erkki Salmenhaara revient à la consonance dans les années 1970. Il peint des paysages sonores aussi vastes et mélancoliques que les forêts de son pays qui font figure de temples vivants.

De même que le mélange entre instruments acoustiques et électroniques, l’association d'œuvres contemporaines aux répertoires anciens est au cœur du travail de La Chimère. De l’hymne Naturalis Concordia qui célèbre la musique imaginaire des planètes à la 6e suite de Bach pour violoncelle seul, ces œuvres s’inscrivent dans une temporalité longue aux changements très graduels.
Au fil des générations, ces compositeurs illustres ou anonymes interrogent l’expérience humaine du temps, des cycles biologiques et de la mémoire.

A travers ce concert, nous vous proposons de partager une expérience sensible dans un lieu d’exception, en rupture avec le quotidien.

Musiques à l’image

1525, la révolution oubliée

Film de Yannis et Alexis Metzinger (52'), Cerigo Films & France 3 Grand Est, 2025

Nous avons été immédiatement séduits par le dialogue entre documentation historique et imaginaire narratif qui structure le film.
Pour en concevoir la musique, nous sommes partis de deux mélodies très populaires au début du 16e siècle, que nous nous sommes appropriées par la composition, l’instrumentation et la variation.

Thème principal du film, la mélodie populaire de “l’homme armé” connut à partir de la fin du 16e siècle de très nombreuses adaptations savantes, notamment dans des messes. Illustration parfaite des rapports très étroits entre art populaire et savant et monde sacré et profane
de cette époque, elle reste encore aujourd’hui bien présente dans notre inconscient collectif. Sa simplicité percutante lui a permis de traverser les siècles et de nous apporter l’écho des gens ordinaires ballotés par les conflits politiques et sociaux.

De son côté, la mélodie du “Nun komm der heiden Heiland” vient évoquer plus spécifiquement le projet spirituel et culturel de la réforme protestante. Adapté par Martin Luther d’après un texte en latin sur une hymne grégorienne du 12e siècle, son texte en langue vernaculaire participe de la réappropriation par le peuple de la religion et de la foi chrétienne.
Symbole de l’espoir d’émancipation et de salut qui anime alors les peuples de toute l'Europe, cette mélodie sera investie par une longue lignée de compositeurs jusqu’aux chefs d'œuvres de Jean Sébastien Bach.

En cohérence totale avec l’esthétique visuelle du film, nous avons associé les sources musicales historiques et le son de la viole de gambe,
très populaire à l’époque, à une esthétique contemporaine inspirée par la musique minimaliste et à des sons synthétiques.
Cette proposition artistique affirme la permanence des émotions et de la spiritualité humaine à travers les époques
tout en actualisant le langage sonore qui nous ancre dans les enjeux du présent.

Illustration de John Howe issue du film documentaire 1525, La révolution oubliée.

Le pasteur Oberlin

Film de Jean-Yves Fischbach (30'), Cerigo Films & France.TV Studio, 2026

Ce docu-fiction évoque le destin singulier d’un homme des Lumières qui choisit le chemin escarpé, en marge de l’effervescence urbaine
et du prestige des paroisses strasbourgeoises. Guidé par sa profonde empathie pour les oubliés du progrès et de la croissance,
Jean-Frédéric Oberlin s’installe en 1767 dans une petite vallée vosgienne où il contribue à inventer de nouvelles formes d’éducation,
développe des pratiques de solidarité, améliore les conditions de vie et cherche sans relâche à articuler foi, raison et action concrète.

Pour illustrer musicalement ce parcours, nous avons choisi de mettre en avant le violoncelle, instrument qui prend son essor notamment
en France dans la seconde moitié du 18e siècle. Tout en conservant son rôle de pilier et d'accompagnateur privilégié de la voix,
il devient soliste, personnage sensible qui use de la rhétorique musicale pour interroger ses émotions et sa place dans le monde.
A ses côtés, l’orgue évoque évidemment la tradition séculaire de la musique liturgique. C'est aussi l’ancêtre de toutes les machines musicales
et l’outil des pionniers de ce qui deviendra la synthèse sonore au 20e siècle, thème central dans le travail du duo La Chimère.

Du côté des sources musicales, nous nous sommes intéressé à l'œuvre de Joseph Dall’abaco.
Ce violoncelliste né en belgique d’un père italien, contemporain d’Oberlin, traverse l’Europe des Lumières au fil d’une brillante carrière
qui contribue à donner ses lettres de noblesse à son instrument.
Cher à Arthur Dubois, le finlandais Erkki Salmenhaara revient à la consonance dans les années 1970. Ses fresques orchestrales évoquent
la profondeur et l’obscurité des forêts nordiques, qui ne sont pas étrangères aux atmosphères mystiques des massifs vosgiens.

Couverture du dossier du film documentaire Le Pasteur Oberlin.

Marc Bloch, l’étrange défaite

Film de Didiers Deleskiewicz et Matthieu Deshais (52’), Cerigo Films & Canal 32, 2026

Affiche de projection du film documentaire sur Marc Bloch, historien, réalisé par Matthieu Deshais, le 14 juin 2026 au Cinéma Le Cosmos à Strasbourg, avec logos de diverses organisations.

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